On sait seulement ceci,avec d'autant plus d'acuité que c'est le seul bagage:on est vivant.On ne l'a jamais tant été:on n'est que vivant.En quoi consiste la vie en cette fractio de seconde ou l'on a le rare privilège de ne pas avoir d'identité?
En ceci,on a peur.
Or,il n'est pas de liberté plus grande que cette courte amnésie de l'eveil.On est un bébé qui connait le langage.On peut mettre un mot sur la decouverte innommée de notre naissance:on est propulsé dans la terreur du vivant.
Durant ce laps de pure angoisse,on ne se rappelle meme pas qu'au sortir du sommeil peuven se produire de tels phénomènes.On se lève,on cherche la porte,on est perdu comme à l'hotel.
Et puis les souvenirs réintègrent le corps en un eclair et lui rendent ce qui lui tient lieu d'ame.On est rassuré et deçu:on est donc cela,on n'est donc que cela.
Aussitot se retrouve la géographie de sa prison.Ma chambre débouche sur le lavabo ou je m'inonde d'eau glacée.Que tente-t-on de récurer sur son visage,avec cette energie et ce froid?
Ensuite se déclenche le circuit.Chacun ale sien,café-cigarette,thé-toast ou ghien-laisse,on a réglé son parcours de maniere à avoir le moins peur possible.
En vérité,on passe son temps a lutter contre la terreur du vivant.On s'invente des définitions pour y échapper:je m'appelle machin,je bosse chez chose,mon métier consiste à faire ci et ça.
Sous-jacente,l'angoisse poursuit son travail de sape.On ne peut pas completement bailloner son discours.Tu crois que tu t'appelle machin,que ton metier consiste à fare ci et ça mais,au reveil,rien de cela n'existait.C'est peut etre que cela n'existe pas.

